Mois : octobre 2025

  • L’inconscient à l’agonie : pourquoi avons-nous abandonné la psychanalyse au bord du chemin ?  

    Peut-être la question même de ce désintérêt pour la psychanalyse nous révèle-t-elle davantage sur notre époque qu’elle ne nous renseigne sur la discipline freudienne elle-même, comme si l’abandon progressif de cette méthode d’exploration de l’âme témoignait moins d’une faillite théorique que d’une transformation radicale de notre rapport au temps, à la souffrance, et à cette chose mystérieuse que l’on nomme encore parfois le sujet. Toujours est-il que lorsque l’on observe avec attention le paysage intellectuel contemporain, force est de constater une mutation singulière : là où jadis les concepts d’inconscient, de refoulement, de transfert occupaient une place centrale dans la compréhension que nous avions de nous-mêmes, aujourd’hui règne une certaine indifférence, voire une méfiance ouverte envers ces catégories qui semblaient pourtant avoir conquis définitivement les territoires de la pensée occidentale au cours du vingtième siècle!

  • La fin du monde est-elle un sujet digne de la psychanalyse ?

    La fin du monde s’impose à nos esprits contemporains avec une insistance qui ne saurait être ignorée par la psychanalyse. Cette question, qui pourrait sembler relever d’abord de la cosmologie, de la théologie ou de l’écologie, pénètre en vérité les couches les plus profondes de notre psychisme et réclame une attention particulière de la part de ceux qui s’intéressent aux formations de l’inconscient. Peut-être cette préoccupation apocalyptique n’est-elle pas tant le reflet d’une réalité extérieure menaçante que la projection sur l’écran du monde d’angoisses archaïques qui trouvent là un support où se déployer ! Toujours est-il que, lorsque le sujet évoque spontanément la fin des temps durant la cure analytique, quelque chose de son rapport à la mort, à la castration, à l’effondrement narcissique se manifeste sous un déguisement collectif qui mérite d’être décrypté. L’analyste qui entend ces récits catastrophistes doit se garder de les prendre au pied de la lettre, comme s’il s’agissait simplement d’une inquiétude raisonnable face aux périls écologiques ou nucléaires, car derrière ces scénarios de destruction universelle se cache souvent une économie psychique singulière, une organisation fantasmatique qui utilise la fin du monde comme signifiant privilégié pour dire quelque chose d’infiniment plus personnel.

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    Editorial octobre 2025 : Que reste-t’il en 2025 de la pensée de Jacques Lacan dans l’ univers conceptuel européen qui dénie la validité et la crédibilité de la démarche analytique

    Peut-être la persistance des concepts lacaniens dans notre époque leur est-elle imposée par notre incapacité collective à les abandonner complètement, par l’immobilité de notre rapport aux questions fondamentales de l’être parlant. Toujours est-il que, lorsque l’on observe le paysage intellectuel européen de cette année 2025, l’esprit s’agite pour chercher, sans y parvenir aisément, les traces encore vivantes de cette pensée qui bouleversa le XXe siècle. Tout semble s’être reconfiguré autour de nous dans cette modernité tardive, les paradigmes, les institutions, les modes de compréhension du psychisme humain. Notre époque, trop habituée aux certitudes empiriques pour accueillir l’incertitude structurale du sujet, cherche d’après les formes de sa rationalité technique à repérer les mécanismes neurobiologiques, la cartographie cérébrale, pour reconstruire et nommer la demeure de la conscience où elle croit pouvoir localiser l’humain.