La fin du monde est-elle un sujet digne de la psychanalyse ?
La fin du monde s’impose à nos esprits contemporains avec une insistance qui ne saurait être ignorée par la psychanalyse. Cette question, qui pourrait sembler relever d’abord de la cosmologie, de la théologie ou de l’écologie, pénètre en vérité les couches les plus profondes de notre psychisme et réclame une attention particulière de la part de ceux qui s’intéressent aux formations de l’inconscient. Peut-être cette préoccupation apocalyptique n’est-elle pas tant le reflet d’une réalité extérieure menaçante que la projection sur l’écran du monde d’angoisses archaïques qui trouvent là un support où se déployer ! Toujours est-il que, lorsque le sujet évoque spontanément la fin des temps durant la cure analytique, quelque chose de son rapport à la mort, à la castration, à l’effondrement narcissique se manifeste sous un déguisement collectif qui mérite d’être décrypté. L’analyste qui entend ces récits catastrophistes doit se garder de les prendre au pied de la lettre, comme s’il s’agissait simplement d’une inquiétude raisonnable face aux périls écologiques ou nucléaires, car derrière ces scénarios de destruction universelle se cache souvent une économie psychique singulière, une organisation fantasmatique qui utilise la fin du monde comme signifiant privilégié pour dire quelque chose d’infiniment plus personnel.