Le “Nom du Père” est le pilier fondamental de tout l’édifice structurel lacanien.
Poursuivant ma petite et courte analyse de quelques concepts clés de la théorie de Jacques Lacan, il est évident que l’ on ne peut passer à coté du concept fondamental du “Nom du Père”. Cette notion ne fait absolument pas référence au père biologique mais bien plutôt à la structure. Et quelle structure ? Celle du langage qui est la seule réalité qui émerge de la logique qui, elle, est du côté du Réel. Cette référence se caractérise comme étant le principe organisateur qui agrège les signifiant au coeur de l’ automaton. L’ automaton étant l’ ensemble des signifiants qui tournent dans le “disque” du Symbolique (si j’ ose cette métaphore quelque peu audacieuse !).
Le Nom-du-Père désigne une fonction symbolique qui représente l’interdit et la loi. Cette fonction peut aisément ne pas être incarnée par le père biologique mais bien aussi par des institutions ou des concepts ou, bien entendu, par le langage bien structuré lui-même grâce à quoi ? mais grâce au principe du “Nom du Père”, bien sûr ! Le “Nom du Père” est structurel chez Lacan car, dans la pensée lacanienne, la structure l’ emporte haut la main sur la nature qui n’ en est que la conséquence logique. On retrouve la quelques concepts dérivés immédiatement de la pensée de Hegel et l’ on peut même ajouter que Lacan est plus du côté de Platon que d’ Aristote malgré les nombreuses références qu’ il fait de celui-ci dans ses nombreux écrits et Séminaires.

On peut comprendre que l’ interdit (qui n’ est autre que la conséquence négative de la loi) est un inter-dit en ce sens que la loi est écrite et que l’ écrit est le dépôt du langage.
Le Nom-du-Père est donc le signifiant indicible et organisateur qui permet l’entrée dans l’ordre symbolique, cet univers régi par le langage et les conventions sociales. C’est par l’interdit et la loi que le sujet du langage apprend à différer ses désirs et à entrer en lien social avec les autres êtres de langage.
Le complexe d’Œdipe, étape cruciale du développement psychosexuel, constitue un moment charnière dans l’intériorisation du Nom-du-Père. En confrontant l’enfant à l’interdit de l’inceste et à la rivalité avec le père, ce complexe lui permet de renoncer à la satisfaction immédiate de ses désirs et de se situer dans la lignée du dire généalogique et social. Mais, à titre personnel, je pense que le complexe d’ Oedipe n’ est que l’ effet de l’ intériorisation du Nom du Père et, plus précisément encore, n’ est que la concrétion orchestrée par le Nom du Père lui-même lorsque celui-ci est mis en contact avec l’ automaton. On peut comparer ce principe organisateur à de la glace qui s’ agrégerait autour d’ un bâton plongé dans de l’ eau se refroidissant progressivement sous la température de zéro degré centigrade. Plongez le signifiant indicible (mais possédant bien un signifié) dans le champ des signifiants et vous organiserez le langage de manière signifiante ! On saisit mieux maintenant la raison pour laquelle la forclusion du Nom du Père est cause de la psychose. Nous éclairerons quelque peu le concept de forclusion dans un futur article.
Le Nom-du-Père doit donc être associé à la notion de castration symbolique qui représente l’abandon de la jouissance pulsionnelle et l’acceptation des limites imposées par l’ordre du Surmoi.
Références bibliographiques
Lacan, J. (1953). Le Séminaire, Livre I : Les écrits techniques de Freud. Paris: Seuil.
Lacan, J. (1957-1958). Le Séminaire, Livre V : Les formations de l’inconscient. Paris: Seuil.
Alexandre Bleus