L’importance du Symbolique chez Lacan.
Alors que je vous écris ces lignes au sujet d’un concept fondamental qui est au centre de la pensée de Jacques Lacan, je suis pris moi-même au cœur du registre dont je veux exprimer plus clairement la définition à votre intention. Ainsi est-il paradoxal de vouloir expliciter et analyser un champ dans lequel on se débat soi-même de part la simple utilisation du langage. L’ordre symbolique, selon Lacan, constitue une structure essentielle de notre psyché, tissant de manière intrinsèque le lien entre le langage et l’inconscient. Comme il le disait très bien, tout est fondé et construit sur l’ ordre symbolique.
L’ordre symbolique est avant tout le monde des signifiants, des lois, et des conventions sociales qui façonnent notre réalité subjective. Il représente le système par lequel les sujet du langage communiquent, échangent et se situent les uns par rapport aux autres dans la société. Ce registre est enraciné dans le langage, lequel n’est pas simplement un outil de communication mais le fondement même de notre structure psychique et de notre accès au monde. L’importance du symbolique repose dès lors sur sa fonction de médiation entre l’ être parlant et le monde extérieur. C’est à travers le prisme du symbolique que je donne un sens à mon expérience et que je vais catégoriser et interpréter mon environnement. Le symbolique est donc ce qui nous permet de nommer les choses, de leur attribuer une valeur et une signification et de les intégrer dans une chaîne de signifiants qui dépasse largement le cadre de l’immédiateté d’ un pur présent.
L’un des aspects les plus cruciaux de l’ordre symbolique est son rôle dans la structuration du désir. Lacan postule que le désir est toujours le désir de l’Autre, inscrivant ainsi le manque au cœur de l’expérience humaine. On notera que ce concept lacanien est inspiré de la conception hégélienne de la réflexivité telle que décrite dans la “Phénoménologie de l’ Esprit”. Ce manque n’est pas un vide à proprement parler mais plutôt un moteur, une force qui pousse l’individu à chercher ce qui lui est inaccessible parce que déjà toujours déjà médiatisé par le langage et par l’ordre symbolique. L’ acte final d’ inscription du sujet dans le tissu symbolique n’ est autre que le moment du complexe de l’Oedipe qui, s’ il est dépassé correctement, va implémenter le sujet de manière régulée dans l’ ordre des signifiants. J’ entends par là que l’ être de langage va pouvoir, après ce passage délicat par l’ Oedipe, reconnaître les interdits (inter-dits) et les lois qui régissent de manière normatives les relations sociales et donc accepter sa place dans l’ ordre du Symbole.
On pourrait disgresser longtemps sur ce point crucial car, de fait, il s’ agit bien pour nous tous d’ accepter, in fine, notre contingence. L’ entrée dans l’ ordre des mots est la signature irréversible de l’entrée définitive dans le registre de la finitude. Je développerai ce point ultérieurement.
Alexandre Bleus