L’Autre est miroir du désir et énigme du Sujet.
Après avoir exploré les méandres du retour à Freud, les reflets du stade du miroir, les structures de l’ordre symbolique et les labyrinthes du désir, il est temps de m’ aventurer sur un terrain encore plus complexe : l’Autre lacanien. Cette entité énigmatique, à la fois semblable et Autre, hante la psychanalyse et éclaire d’un jour nouveau la question du sujet et de son désir. Je note également que ce concept central du système lacanien est souvent mal compris et, pire encore, mal interprété du fait que Lacan distingue clairement deux conception de l’ “Autre” : l ‘Autre, avec une majuscule, se distingue de l’autre, avec une minuscule. L’autre désigne l’individu concret que nous rencontrons, tandis que l’Autre représente l’ordre symbolique et la norme sociale. Cette distinction est fondamentale pour comprendre la complexité de la relation à l’Autre. J’ insiste car confondre l’ ordre symbolique et un être de langage dit “sujet du langage” (le langage est donc maître), c’ est confondre l’ effet et la cause. Car, d’ un point de vue strictement lacanien, notre “semblable” n’ est qu’ une conséquence du langage !!! Il faut aussi noter que l’autre est d’abord perçu comme un miroir, une image de nous-mêmes. C’est dans son regard que nous cherchons la confirmation de notre existence et de notre valeur. Mais l’autre est aussi un rival, un autre qui convoite les mêmes objets que nous et qui menace notre propre désir. La relation à l’autre est donc toujours ambivalente car elle oscille entre l’amour et la haine, l’identification et la rivalité.
L’Autre (avec un grand A) est, quant à lui et comme nous le disions, le lieu du langage et de la loi. C’est dans l’Autre que se constitue le système symbolique qui structure notre pensée et notre réalité. La loi, qui nous interdit et nous limite, est également le prix à payer pour vivre en société et pour accéder au langage. L’Autre est donc à la fois source de frustration et de liberté car il nous permet de canaliser nos pulsions et de construire des relations durables avec les autres.

Quant au désir, selon Lacan, celui ci est toujours médiatisé par l’Autre. Nous ne désirons pas un objet en soi, mais l’image de cet objet dans le miroir de l’Autre. Le désir est donc une quête de reconnaissance et d’amour, une tentative de combler le manque que nous ressentons face à l’Autre. Cela peut se comprendre aisément dans le sens où nous ne sommes que des conséquences de l’ Autre, que des effets de l’ ordre symbolique qui, lui-même, peut être considéré par le sujet du langage comme le lieu d’ un tout fantasmé qui serait le lieu imaginaire d’ une impossible fusion bienheureuse.
Le désir est aussi une force vectorielle qui nous pousse à transgresser les interdits et à explorer de nouveaux territoires. Il est le moteur de l’évolution psychique car il nous incite à dépasser nos limites et à nous confronter à l’inconnu. On voit ici la parfaite logique (soit le Réel) de la pensée lacanienne et son concept de subjectivation nous le démontre car la subjectivation est un processus qui se déroule dans le champ de l’Autre. Et c’ est bien évident car le sujet se construit en s’identifiant aux signifiants et aux valeurs de l’Autre. Il intériorise la loi et les interdits, ce qui lui permet de se constituer comme une personne à part entière. Notons que ces lois et ces inter-dits sont écrit dans l’ ensemble des signifiants qui constituent l’ Autre : ils ne sont qu’ une combinaison possible des signifiants en l’ Autre ; combinaison qui renvoie à du signifié (ce qui n’ est pas le cas de toutes les combinaisons possibles).
L’Autre lacanien est également le lieu de l’ énigme car étant à la fois le lieu du langage et de la loi, le miroir dans lequel nous nous réfléchissons et le rival qui convoite les mêmes objets que nous : il présente dès lors plusieurs natures Le désir est une quête de reconnaissance et d’amour, une tentative de combler le manque que nous ressentons face à l’Autre. La subjectivation est un processus qui se déroule dans le champ de l’Autre et qui vise à la fois à s’identifier à lui et à se différencier de lui. L’Autre est un horizon qui se déplace sans cesse et une énigme qui nous invite à un voyage sans fin dans les profondeurs du langage.
L’exploration de l’Autre nous conduit par conséquent à questionner les limites du langage. L’Autre est-il simplement un ensemble de signifiants, ou est-il une réalité qui dépasse le langage ? Je pense que s’ il y a un principe à l’ autre, il ne peut s’ agir que du Nom du Père. Cette question causale est fondamentale en ce sens qu’ un principe organisateur est nécessaire pour que les combinaisons de signifiants signifient. Ainsi, la clef de voûte de toute la structure signifiante est un seul signifiant ordonnateur. A suivre…
Alexandre Bleus